Les lentilles d'eau forment souvent une couche verte à la surface des eaux dormantes.
Elles y trouvent toute la lumière et l'eau disponible, jusqu'à être néfastes aux autres plantes de
la mare (principalement d'un point de vue de la photosynthèse). La reproduction est principalement asexuée.
Les lentilles se reproduisent par division : elles se séparent en deux pour former deux plantes distinctes.
C'est par ce mécanisme que les lentilles peuvent coloniser rapidement la surface des mares et des étangs.
Il existe 6 espèces de lentilles d'eau en France dont voici la liste :
- Lentille d'eau sans racines (Wolffia arrhiza)
Cette lentille est la plus petite plante à fleur d'Europe, mais ne fleurit pas en France.
On la reconnait à sa petite taille (entre 0,5 et 1 mm.), mais aussi à l'abscence de racine.
Frondes minuscules sans racines, ni nervures. Flotte à la surface
des eaux dormantes. Assez rare.
wolffia arrhiza.
- Lentille d'eau mineure (Lemna minor)
Lentille de 1,5 à 5 mm de diamètre, ovale, vert pâle, plane avec une seule racine.
Fleurit en Europe. Flotte à la surface de l'eau. C'est la plus commune des lentilles
françaises et on la rencontre dans la plupart des régions.
Lentille d'eau mineure.
- Lemna minuscula
Lentille importée d'Amérique et qui commence à être naturalisée. Plus petite que Lemna minor.
Flotte à la surface de l'eau.
- Lentille d'eau bossue (Lemna gibba)
Lentille de 2 à 5 mm le plus souvent en forme de poire, de couleur verte à brun-rougeâtre.
La surface inférieure est fortement renflée, avec des bosselages et une seule
racine, ce qui la rend facilement reconnaissable.
Flotte à la surface de l'eau. On la rencontre souvent associée à d'autres espèces
de lentilles.
- Lentille d'eau trilobée (Lemna trisulca)
C'est une lentille facilement reconnaissable, grâce à sa grande taille (5 à 15 mm),
et à ses frondes obliques et translucides. Ne flotte pas à la surface de l'eau comme les autres lentilles
mais est la plupart du temps submergée. Les feuilles restent liées pendant longtemps, ce qui peut former
des groupements d'une dizaine de feuilles ou plus. Monte à la surface de l'eau pour fleurir.
Lentille d'eau trilobée.
- Spirodela polyrhiza
Cette lentille est reconnaissable à sa grande taille (5 à 10 mm), à sa couleur verte foncée
dessus, violacée dessous. Chaque lentille (ou fronde) possède 5 à 15 racines. Flotte à la
surface de l'eau. Vous pourrez trouver des livres qui l'appellent Lemna polyrhiza, mais cette appelation
n'est plus valable aujourd'hui.
Spirodela polyrhiza.
Les lentilles d'eau peuvent parfois être à l'origine de problèmes dans les mares
et les étangs. Elles peuvent couvrir la totalité de la surface et empêcher la photosynthèse,
en bloquant la lumière. Cela peut parfois mettre en danger la population de poissons dans la
mare. Il est possible de lutter contre les lentilles par plusieurs méthodes : biologique,
mécanique et chimique.
La régulation biologique se fait avec l'introduction d'animaux consommateurs de lentilles d'eau.
La carpe commune est un consommateur courant de lentilles et comme c'est une espèce indigène
(elle a en fait été introduite il y a 2000 ans, depuis la chine), cela ne pose pas de problème.
Il faut par contre éviter l'introduction d'espèces exotiques, comme les poissons rouges. Les résultats
de la lutte biologique sont variables. Elle est efficace quand l'invasion de lentilles n'est pas encore
déclarée. L'introduction de carpes dans un étang déjà recouvert ne sera pas d'un grand secours.
La régulation mécanique consiste en fait à retirer de la surface les lentilles quand elles apparaissent.
Il est possible de retirer de la mare au printemps ou au début de l'été les lentilles avec une seine,
filet flottant que l'on tire du bord de l'eau. On peut aussi faire cette opération avec une planche
clouée au bout d'un manche, si l'étang est de petite taille, à la manière des paludiers de Guérande.
Si l'étang est vidangeable par un drain qui prend l'eau à la surface, il est possible de faire
s'écouler une partie de l'eau qui entraînera les lentilles avec elle. Les lentilles obtenues
par cette méthode constituent un excellent amendement, et un apport de matière organique.
Cette méthode est peu efficace si elle est utilisée seule, car les lentilles reviennent rapidement.
Elle a comme avantage de supprimer des matières azotées du cycle de la mare.
Il existe dans le commerce des préparations chimiques afin d'éliminer les lentilles de
la surface. Ce sont des herbicides qu'il ne faut absolument pas utiliser, ils sont
toxiques et ne résolvent pas la cause du déséquilibre. En peu de temps, les lentilles reviendront.
La solution consiste à utiliser simultanément la lutte biologique et la lutte mécanique. Dans un
milieu équilibré, les lentilles ne reviendront plus.
Les lentilles d'eau peuvent être utilisées dans le traitement des eaux résiduelles industrielles
ou domestiques. Elles le sont particulièrement aux États-Unis et sont une voie prometteuse dans les pays en
voie de développement. Les lentilles ont une bonne valeur nutritionnelle, ce qui en fait un aliment de
qualité pour les animaux, mais aussi éventuellement pour l'homme. Les lentilles peuvent aussi être
utilisées en Agriculture en application directe sur les terres ou après compostage. Mais les lentilles
sont surtout utilisées comme nourriture pour les poissons, canards, poulets, cochons…
- Il faut néanmoins émettre des restrictions d'usage à ces utilisations (Gijzen et Khondker 1997) :
les lentilles ont un facteur d'absorption et de concentration pour les métaux lourds importants. Il
ne faut pas les faire pousser dans des eaux usagées comportant beaucoup de métaux lourds.
- Le coût de transport et de séchage est élevé à cause de la quantité importante d'eau (95 %).
Il est plus rentable d'utiliser les lentilles dans un système intégré, directement sur le site.
- Les genres Lemna et Spirodela peuvent contenir de hauts taux d'oxalate de calcium, ce qui devrait
limiter l'utilisation pour les non ruminants et les humains.
Pour de plus amples renseignements sur l'utilisation des lentilles, voici une publication
disponible sur Internet :
SANDEC Report No. 6/99, Duckweed Aquaculture, Potentials,
Possibilities and Limitations for Combined Wastewater Treatment and Animal
Feed Production in Developing Countries, Sascha Iqbal, March 1999.