Le Roseau Phragmites australis
Le Roseau, espèce classique, apparemment sans intérêt, révèle pourtant quelques curiosités. Les adaptions de la plante, lui permettent de coloniser très rapidement de grandes zones humides et peu profondes. L'habitat qu'il génère est bien connu : ce sont les roselières. Elles sont indispensables pour certaines espèces d'oiseaux. Largement exploitée par la faune, ces milieux régressent suite aux modifications des pratiques rurales, qui amènent par conséquent, la diminution des populations de certaines espèces très rares.
Délaissées, les roselières s'atterrissent ou sont détruites. Vous trouverez dans cet article, l'évolution de cet habitat et les méthodes de gestion les plus utilisées. Enfin, je vous invite à découvrir des ouvrages plus complets et des sites à visiter si vous souhaitez plus d'informations sur cette espèce pas si banale.
Sommaire
Généralité sur l'espèce
Répartition et besoin physiologique
Adaptation et particularités
D'un point de vue floristique
La faune des roselières, une richesse
Evolution des plans d'eau
Gestion
Intérêt économique, écologique, social culturel
Conclusion
Bibliographie
Les SITES.com
Généralités sur l'espèce
Famille: Poacées
Genre: Phragmites
Espèces: australis
Phragmites australis (Cav.) Steudel, P. communis Trin., Arundo phragmites L., A. australis Cav.
Roseau, Phragmite commun, Grand jonc, Roseau à balai,…
Deux sous-espèces sont mentionnées
(d'après la base de données Philippe Julve, mais d'autres dénominations existent)
Phragmites australis (Cav.) Steudel subsp australis
Phragmites australis (Cav.) Steudel subsp chrysantha (Mabille) Soják (secteur méditerranéen)
En anglais: Common Reed, (roselière: reeds marsh); en allemand: Schilfrohr (Schilf); en portugais: Caniço; en espagnol Carrizo; en suédois: vass; en finlandais: jaerviruoko; en polonais: Trzcina
[Rameau J.C. et al.]
Description
Plante vivace sans ou avec quelques poils très fins. Très grande tige de 100 à 400 cm, droite et cassante, repoussant chaque année grâce à ces rhizomes profondément ancrés dans le sol (entre 50 à 130 cm de profondeur, parfois plus, cf adaptation). Feuilles, aux nervures parallèles, également très grandes (30-70 cm, voir plus) et très larges comparées aux autres Poacées, normalement disposées à la perpendiculaire de la tige. Ligule formée d'une rangé de poils courts (pas de membrane entre la feuille et la tige). Inflorescence violacée - brunâtre, très grandes (10-30 cm), en panicule (les fleurs sont très espacées les unes des autres). Epillets 2-7 fleurs, hermaphrodite, glumes très inégales, glumelles inférieures acuminées (prolongées en pointe). Floraison entre août et octobre, parfois jusqu'en novembre. Anémogame et anémochore (pollinisé et dispersé par le vent).
Confusion possible:
Il est possible de confondre le roseau avec la Baldingère (Phalaris arundinacea L.). La ligule de la Baldingère est entière alors quelle est réduite à des poils chez le roseau. De plus, la Baldingère est plus petite sur pratiquement tous les points. Il existe d'autres différences mais plus difficiles à distinguer comme les épillets de la Baldingère qui ne contiennent que 2-3 fleurs et n'ont pas d'arrête.
Il est également possible de confondre notre espèce avec quelques Roseaux de Chine (Miscanthus sp. [M. sacchariflorus , M. sinensis, M. japonica]) qui sont des espèces ornementales plus ou moins proches de notre roseau. Ces espèces sont généralement en grandes touffes et ne se reproduisent que par la voie végétative. Elles sont donc présentes uniquement dans les bassins où elles ont été plantées (pas de dissémination fertile)
[Keneth A. Beckett].
Répartition et besoin physiologique
Cosmopolite, le roseau est une espèce commune dans toute la France. Sa présence dans le pourtour méditerranéen et en haute altitude, jusqu'à 2 200m, montre que cette espèce peut s'adapter à des conditions de vie très variables [Fournier P.]. Avec un bémol, pour quelques régions françaises comme le Limousin et le pourtour méditerranée où elle est présente mais disséminée
[ENL, Rameau J.C. et al.].
Le roseau constitue des roselières plus ou moins denses aux bords des eaux calmes. Cette espèce typique des milieux humides pousse essentiellement aux bords des étangs, des lacs, des mares, mais aussi aux bords des cours d'eau, des fossés et sur les rives des estuaires.
Hélophyte par excellence, le roseau accepte pratiquement tous les types de sols inondés à condition qu'ils ne soient ni trop acides et ni trop à l'ombre (espèce héliophile ). Ainsi, il n'est pas rare de voir le roseau dans des tourbières, dans des ripisylves , dans des peupleraies, dans des prairies humides ou encore sur les radeaux flottants. Cependant, c'est dans les substrats riches en éléments nutritifs que le développement de la plante est à son maximum
[ONC, B.M. 105; Rameau J.C. et al.; Arrignon J.].
+ Les facteurs favorisant l'expansion de l'espèce:
les sols continuellement inondés par 0,5 -1,50 m d'eau, avec un substrat constitué d'alluvions argileuses ou sablo-argileux riches en éléments nutritifs, légèrement acide à basique (pH 6,5 à 7,2) et sans ou avec un peu d'ombre.
[ONC, B.M. 105; Rameau J.C. et al.]
+ Les facteurs limitant l'expansion de l'espèce:
le manque d'eau en surface et en profondeur pendant plusieurs mois, répétée sur plusieurs années de suite, les très fortes concentrations en sel (+ de 16g/L), une eau stagnante (non renouvelée), une eau trop riches, la vitesse du courant > à 0,20m/s et bien sur la pollution.
En conditions favorables, le roseau forme des peuplements mono spécifiques très dense et laisse peu de place aux autres espèces
[ONC, B.M. 105]. Pourtant, suite à des modifications très importantes du milieu, certaines hélophytes comme les Massettes (Typha sp.), les grands Scirpes (Scirpus sp.) ou la Baldingère peuvent le remplacer. Chaque espèce se cantonne sur les zones où elle est la plus adaptée. Des ceintures de végétation se côtoient sur le pourtour des rives et jouent un rôle de transition entre la partie aquatique et la partie terrestre. Milieux en constante évolution, ils ne sont jamais figés et la concurrence intra et interspécifique est perpétuelle.
Dans les zones moins inondées, des arbres et des arbustes peuvent s'implanter et coloniser petit à petit l'espace.. Nous verrons un peu plus loin, dans le chapitre 'Evolution de l'habitat', que les roselières constituent un maillon dans l'atterrissement des plans d'eau.
Adaptation et particularités
Le roseau comme la plus part des autres graminées , se reproduit et se dissémine grâce au vent. Ceci permet à l'espèce de coloniser des milieux fertiles à plusieurs kilomètres de son point de départ. Cependant, cette méthode de reproduction n'est pas la plus efficace pour constituer les roselières que l'on connaît.
Pour ce faire, le roseau développe son système racinaire en dupliquant ses rhizomes. Appelée clonage végétatif, cette méthode de reproduction est très rapide et très performante. En réalité, tous les individus sont des copies conformes au premier. Avec un rhizome de 50-70 cm contenant suffisamment de réserve, un roseau peut constituer une roselière par la simple multiplication végétative. Cette expansion peut atteindre de 5 à 6 mètres par an vers le centre de l'étang
[ONC, B.M. 105; Raynal-Roques A.]
C'est grâce à la modularité de son système racinaire que l'espèce peut s'adapter aux modifications du milieu. En cas de sécheresse importante, le roseau diminue son système aérien et développe des rhizomes jusqu'à 5 m de profondeur. En contre partie, en cas de submersion trop importante, il peut produire de longs rhizomes horizontaux très rapidement. En outre, le système racinaire peut constituer son propre sol et ainsi agrandir son habitat. En fixant les matières en suspension et en augmentant son réseau racinaire, les roselières réduisent d'année en année la surface inondée. Ce phénomène engendre à terme la fermeture du milieu. Nonobstant, certaines roselières très anciennes sont toujours en activité (des rhizomes vieux de 8 000 ans ont été trouvés dans le delta du Danube à 15 m de profondeur)
[ONC, B.M. 105]. En effet, le courant même faible emporte les sédiments, équilibrants ainsi la matière déposée et la matière évacuées.
Une dernière précision sur l'espèce avant d'aborder les groupements végétaux, les rhizomes ont une durée de vie estimée entre 3 et 20 ans. Nonobstant, les rhizomes morts sont remplacés par de nouveaux.
D'un point de vue floristique
Le roseau constitue des peuplements très denses, appelé phragmitaies, terme plus précis que roselière. Ce groupement, décrit dans Corine Biotopes, est divisé en 2 sous groupements qui se distinguent par la présence de l'eau en permanence ou non. Nous verrons un peu plus loin que ce critère est essentiel pour évaluer l'évolution du groupement à moyen et à long terme.
Extrait de CORINE Biotopes (p.152):
"53.1 ROSELIERES
Phragmition australis, Scirpion maritimi
Roselières avec grands hélophytes, habituellement pauvres en espèces (souvent dominées par une seule espèce), elles croissent dans les eaux stagnantes ou à écoulement lent de profondeur fluctuante et quelquefois sur des sols hydromorphes. Elles peuvent être classées selon les espèces dominantes qui confère à chacune d'elles une apparence propre. […]
53.11 Phragmitaies
Roselière à Phragmites australis (Phragmitetum,[…])
53.111 Phragmitaies inondées
Roselière à Phragmites australis inondées en permanence
53.112 Phragmitaies sèches
Roselière sèches au moins durant une grande partie de l'année, souvent envahies par d'autres espèces."
Les différentes études menées sur les roselières s'accordent sur le fait que les phragmitaies sont pauvres à très pauvres en nombre d'espèce. Cette pauvreté floristique est due à l'occupation de l'espace aérien et souterrain du roseau, étouffant, de ce fait, les autres espèces. Cependant il est possible d'observer les quelques espèces intéressantes ci-dessous:
Acore (
Acorus calamus L.),
Guimauve officinale (
Althaea officinalis L.),
Petite Berle (
Berula erecta (Hudson) Coville =Sium erectum Hudson),
Butome en ombelle (
Butomus umbellatus L.),
Euphorbe des marais (
Euphorbia palustris L.),
Inula britannica L.,
Léersie faux riz (
Leersia oryzoides (L.) Swartz),
Patience d'eau (
Rumex hydrolapathum Hudson),
Scirpe des marais (
Scirpus maritimus L.),
Epiaire des marais (
Stachys palustris L.),
Grande douve (
Ranunculus lingua L.).
Bien sûr, il est possible d'observer des espèces plus communes, comme l'extrait ci dessous (30-40 espèces en lisière au maximum):
Laîche élevée (
Carex elata All.),
Liseron des haies (
Calystegia sepium (L.) R. Br.),
Gaillet des marais (
Galium palustre L.),
Rorripe amphibie (
Rorripa amphibia (L.) Besser),
Petite douve (
Ranunculus flammula L.), ...
Outre le fait de constituer un groupement végétal monospècifique, il n'est pas rare de voir des tâches de roseaux disséminés dans des milieux gorgés d'eau tel que certains groupements forestiers ouverts. Parmi les aulnes (
Alnus glutinosa L., Alnus padus), le roseau peut être rencontré. Le plus fréquemment, nous le retrouvons dans l'Alnion glutinosea ou l'Alno padion
[Rameau J.C. et al. 1989].
La faune des roselières, une richesse
Contrairement à une pauvreté floristique, les phragmitaies constituent un réservoir faunistique très important. Des invertébrés aux oiseaux, en passant par les batraciens et les poissons, les roselières jouent un rôle très important pour la survie de nombreuses espèces communes à rares. Ceci justifie la protection de ce milieu à différent niveau, européen en particulier.
Difficile de dresser un inventaire exhaustif de la faune observée dans les roselières, néanmoins, voici un horizon:
Les invertébrés
Parmi le très grand groupe des invertébrés omniprésents dans les roselières, tant dans l'espace aquatique qu'aérien, nous pouvons observer sous l'eau, les larves d'odonates, d'éphémères, de trichoptères,… De même, à l'état adulte, nous pouvons rencontrer des coléoptères aquatiques, des spongiaires, des crustacés, des arachnides,… qui ne sont pas forcément inféodées aux roselières. Mais, la densité et le nombre d'espèce augmentent avec le nombre de micro-habitat et leur surface.
Par contre, la partie aérienne est plus pauvre en invertébrés, seules les insectes volant et les parasites occupent l'espaces
[ONC, B.M. 105].
Les vertébrés
Les vertébrés sont eux aussi très représentés avec les poissons, les amphibiens, l'avifaune, et les mammifères. Lorsque le niveau d'eau est suffisamment profond, nous pouvons retrouver les espèces communes de poisson blanc comme le gardon, la tanche, la carpe, … avec bien sûr les carnassiers comme le brochet ou la perche. Comme les poissons, les amphibiens tel que les tritons, grenouilles et rainettes recherchent dans cette zone fertile nourriture, protection et une zone de reproduction.
Pour de nombreuses espèces d'oiseaux, les roselières jouent les mêmes rôles : zone de reproduction, de refuge (notamment pendant la migration hivernale) et une zone d'alimentation. Dans une phragmitaies de Moravie (Tchécoslovaquie), 25 espèces ont été recensées avec une moyenne de 25-30 nids/ha, d'autant plus que les oiseaux observés sont des espèces peu communes à rares voir très rares.
Les deux facteurs essentiels de la diversité de l'avifaune sont la superficie de la roselière et la diversité des habitats. Or, les éléments déterminant la diversité des habitats résultent de l'hétérogénéité des zones exondées, inondées, et de la densité de la couverture végétale. [ONC, B.M. 105]. Toutefois, certaines espèces demandent des roselières grandes et homogènes dont certaines sont présentées ci-dessous
Oiseaux typiques:
Rousserolle effarvatte (
Acrocephalus surpaceus L.),
Rousserolle turdoïde (
A. arundinacaeus L.),
Héron pourpré (
Ardea purpurean* L.),
Butor étoilé (
Botaurus stellarisn* L.),
Busard des roseaux (
Circus aeruginosusn* L.),
Blonglios nain (
Ixobrychus minutusn* L.),
Marouette poussin (
Porzana parvan* Scop.),
Marouette ponctué (
P. porzanan* L.),
Marouette de Baillon (
P. pusillan* Pallas),
Râle d'eau (
Rallus aquaticus** L.).
Ces espèces se retrouvent principalement dans les grandes roselières avec des exigences plus ou moins marquées, contrairement aux espèces suivantes qui sont plus tolérantes.
Oiseaux pouvant s'observer dans les roselières ou en lisière :
Bruant des roseaux (
Emberiza schoeniclus L.),
Lusciniole à moustaches (
Acrocephalus melanopogonn* Tem.),
Locustelle luscinoïde (
Locustella luscinoïdesn Savi),
Locustelle tachetée (
L. naevian Bodd.),
Canard colvert (
Anas platyrhynchos** L.),
Fuligule milouin (
Aythya ferina** L.),
Foulque macroule (
Fulica atra** L.),
Poule d'eau (
Gallinula chloropus** L.),
Grèbe huppé (
Podiceps cristatusn L.),
Grèbe à cou noir (
P. nigricollisn Brehm),
Grèbe castagneux (
P. ruficollisn Pallas),…
[ONC, B.M. 105; FIERS V. et al.]
* Espèces mentionnées dans l'annexe 1 de la Directive "Oiseaux" (n° 79/409/CEE du conseil du 02/04/79 concernant la conservation des oiseaux sauvages : JOCE du 25/04/1979).
** Espèces mentionnées dans l'annexe 2 de la Directive "Oiseaux" (référence ci-dessus).
espèces protégées par l'arrêté du 17/04/81 modifié fixant la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire (JORF du 19/05/1981).
Echantillon d'oiseaux fréquemment observés dans ou sur les bords de roselière. Passons aux quelques mammifères susceptibles d'être observés dans les roselières afin de terminer le survol de la faune.
Rat des moissons (
Micromys minutus Pallas), Campagnol amphibie (
Arvicola sapidus Miller), Musaraigne aquatique (
Neomys fodiensn Penn.), Rat musqué (
Ondatra zibethicus L.), Loutre (
Lutra lutran** L.), Vison d'Europe (
M. lutreolan** L.), Putois (
M.putoriusn* L.).
* Espèces mentionnées dans l'annexe 5 de la Directive "Habitats-Faune-Flore" (n° 92/43/CEE du conseil du 21/05/92 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages : JOCE du 22/07/1992).
** Espèces mentionnées dans l'annexe 2 de la Directive "Habitats-Faune-Flore" (référence ci-dessus).
espèces protégées par l'arrêté du 17/04/81 modifié fixant la liste des mammifères protégés sur l'ensemble du territoire (JORF du 19/05/1981).
Non exhaustive, cette liste d'espèces témoigne d'une richesse faunistique qui justifie la conservation des roselières. Effectivement, plusieurs problèmes se soulèvent certains d'origine anthropique, dont le nombre et le type sont trop important pour être résumé malheureusement, et les problèmes d'origine naturel. Le principal problème naturel se pose pour les plans d'eau peu profond dont l'évolution des roselières tend à combler la surface inondée.
Evolution des plans d'eau
La surface occupée par les roseaux est essentiellement concentré autour des plan d'eau et tend à régresser. En effet, l'atterrissement des plans d'eau par la fixation des matières en suspension et l'augmentation du système racinaire du roseau, favorise l'apparition d'espèces plus terrestre.
Si aucun mécanisme physique ou/et chimique ne limite l'expansion du roseau vers le point le plus profond du plan d'eau, il finira, à moyen ou à long terme, par combler l'espace. Dans un premier temps le roseau colonise les zones peu profondes, c'est la phragmitaie humide, puis au fil des années la surface en eau diminue.
Les premiers signes de l'atterrissement s'observent par l'augmentation des hélophytes citées précédemment (typha sp., baldingère) et s'observe facilement par l'apparition d'arbres et d'arbustes qui colonisent les roselières. Les zones où le sol est de moins en moins inondés, appelées phragmitaies sèches, devient de plus en plus fertile pour les saules (
Salix sp. [S. cinerea L., S. purpurea L., S. viminalis L.,…]) les peupliers (
Populus sp. [P. tremula L., P. nigra L., souvent croisé avec des cultivars]) et même pour le chêne pédonculé (
Quercus robur L.). Après l'apparition éparse de ces ligneux, le réseau se densifie jusqu'à se refermer par zone et s'agrandir grâce à l'accumulation des feuilles et des branches. Sans intervention, le milieu se referme et se réduit à des mares temporaires.
Sans gestion de cet habitat, il n'existerait plus que quelques roselières en France. Toutefois, il est possible d'intervenir sur les roselières afin de conserver ou d'améliorer la richesse écologique, c'est ce que nous allons voir au chapitre suivant.
Gestion
Dans ce chapitre, chaque technique parmi les plus utilisées est développée en partie puis en sous partie selon trois objectifs, détruire la roselière, la limiter ou la dynamiser. Pour arriver à ces fins, il est fréquemment recommandé de renouveler l'opération sur plusieurs années de suite, et ceci en fonction de l'état physiologique de la plante. Or, il faut être conscient que l'impact de l'intervention ne s'observera que l'année ou les années suivantes.
Bien souvent, les gestionnaires visent la limitation ou l'expansion des roselières pour l'avifaune. Cependant, il peut arriver que la destruction soit un objectif recherché pour favoriser la dynamique d'autres groupements plus intéressant.
[Larsson T.; ONC, B.M. 105, Arrignon J., Sinnassamy J. M. et al]
Le faucardage (= fauchage)
Les deux méthodes les plus couramment utilisées pour couper les roseaux, s'effectuent avec un bateau équipés de lames (comme un gros tailles haies flottant) ou avec des moyens plus classiques comme le croissant (serpe, débroussailleuse portative ou autotractée).
· Détruire : 2 coupes/an à la pousse des tiges, pendant 3 ans minimum (afin d'épuiser les réserves contenues dans les rhizomes). La coupe des roseaux s'effectue avant la fin de période de végétation (Très néfaste pour la faune).
· Limiter : Pour limiter la dynamique de la roselière, il est préférable de couper les roseau en dessous du niveau d'eau.
o Coupe à la mi-août : diminue environ de moitié le nombre de tige la première année et diminue d'un tiers environ leur taille et leur diamètre, parfois attendre la deuxième année.
o Coupe à la mi-septembre : réduction d'un tiers de leur taille et diamètre.
o Coupe à la mi-octobre : réduction très faible voir négligeable (3%) de leur taille et de leur diamètre.
· Dynamiser : Faucher après la chute des feuilles (augmentation de la lumière et de la température, semble accroître la densité des tiges au m²). En note, les coupes favorisant la circulation de l'eau par des chenaux, améliore la qualité de la roselière
[Sinnassamy J. M. et al]. Ainsi, il est préférable d'ouvrir les grandes roselières pour renouveler l'eau à l'intérieur.
La gestion du niveau d'eau
La gestion du niveau d'eau par l'intermédiaire de vannes, de moine ou autre est une méthode très simple, mais qui n'est pas toujours contrôlable. Souvent difficile à appliquer, cette technique doit s'accompagner d'autres mesures pour venir à bout de ces objectifs.
· Détruire :
o Par submersion : élevé le niveau de l'eau de 2,5 à 3 m pendant 3 ans (jamais vu).
o Par assèchement : diminuer le niveau de l'eau, au moins pendant le printemps et l'été sur plusieurs années (pendant l'automne et l'hiver, les rhizomes y sont peu sensibles). Par contre, les ligneux risquent d'en profiter, et alors voir une banalisation de la flore et de la faune.
· Limiter : maintenir le niveau de l'eau plus ou moins haut à la belle saison (selon les possibilités).
· Dynamiser : conserver un niveau d'eau entre 0,20 et 1,50 par rapport au pente les plus douces pour augmenter la surface d'accueil. Opération à réaliser durant le printemps jusqu'à l'été et diminuer en hiver si d'autres espèces viennent coloniser l'espace.
La compression du sol
Des études ont été réalisées sur l'utilisation d'engin lourd pour comprimer le sol afin d'asphyxier les rhizomes. Une machine ressemblant à des engins de compactage de décharges publiques, applique une pression sur le sol et peu faire disparaître une roselière au bout de 2 ans (pression suffisante : 500g/cm²). Cette pratique est utilisée dans des zones pouvant s'assécher comme des zones de marais (baie de Seine, Camargue)
[ONC, B.M. 105, Sinnassamy J. M. et al].
Le brûlage
Le brûlage est bénéfique pour les vielles roselières et ce, à n'importe quelle période de l'année. Toutefois, si le brûlage à lieu à la belle saison dans une roselière dynamique (jeune), l'impact sur la faune et sur la roselière est néfaste.
· Détruire : brûlage des jeunes pousses au printemps -été et reproduire plusieurs années de suite jusqu'à épuisement des rhizomes.
· Limiter : agir en été automne, mais très néfaste pour la faune.
· Dynamiser : brûlage en hiver, rapide (feu traçant) permet de dynamiser la roselière en limitant l'impact sur la faune.
Cette méthode assez radicale, demande des connaissances particulières et des autorisations administratives, elle est encore pratiquée ponctuellement lorsque les moyens manquent pour le faucardage
[ONC, B.M. 105, Sinnassamy J. M. et al].
Le pâturage
Le pâturage, pratique essentiellement assuré par des bovins ou des équins, elle ne peut se faire qu'au moment où les pousses ont la plus forte appétence. Ce qui limite la période d'action au début du printemps. L'avantage de cette méthode est d'être "proche de la nature", par contre les animaux piétinent allégrement les rhizomes comme un compresseur.
· Détruire : augmenter la charge en animaux au printemps pendant plusieurs années, jusqu'au surpâturage environ : 2-2,5 UGB /ha (voir plus). Nécessite un niveau d'eau assez bas, avec de forte chance de voir des zones non ou peu pâturées.
· Limiter : 0.5 UGB/ha au début du printemps (chiffre indicatif).
· Dynamiser : Méthode peu adaptée, semblerait-il, pour dynamiser une roselière.
Le pâturage est une méthode "proche de la nature", cependant très contraignantes en terme de suivi administratif, de contrôle sanitaire,…
[ONC, B.M. 105, Sinnassamy J. M. et al]
Les traitements chimiques
La plupart des pisciculteurs et quelques services des collectivités territoriales utilisent les traitements chimiques pour limiter ou détruire la roselière. Les produits très nombreux, agissent directement ou indirectement sur la plante par l'intermédiaire de matières actives.
Les produits agissant indirectement modifient la physico-chimie de l'eau en augmentant le plus fréquemment la dose létale d'un élément (chlorate de soude, triazine,…). La ou les substances sont absorbées par les racines et la ou les plantes se dessèchent. Ces phytocides sont plus ou moins sélectifs et plus ou moins nocifs.
A l'inverse, les produits dit "directs" se fixent sur la plante et la détruisent en pénétrant par les stomates de la plantes (petits trous permettant à la plante de respirer). La ou les matières actives dérèglent le fonctionnement interne de la plante pour la dessécher. A cela, il faut savoir que certaines substances sont sélectives à une espèce ou à un groupe d'espèce (gramoxone) et que d'autres sont des désherbants totaux (exemple bien connu du glyphosate = matière active du round up).
Pour les roselières, plusieurs types de produits existent, généralement il s'agit de phytocides sélectifs (sels toxiques, destruction de la chlorophylle,…). Le plus connu est le Dalapon, d'autres sont utilisés mais semblerait-il moins efficace: Raphon, Réglone, Amitrol, Gramoxone, Accord, Rodeo ou Glypro … (Attention certains produits sont interdits à la vente et à l'utilisation se renseigner avant d'agir car certains d'entre eux cachés au fond de l'établi du grand-père sont très toxiques).
L'épandage de la plupart des produits s'effectue au moment où la plante est en pleine floraison. Lorsqu'ils sont liquide, ils sont pulvérisés à très haute pression sur la roselière, tandis que les phytocides solides (sels) sont déversés dans l'eau.
Cette méthode souvent très simple et très rapide, reste une méthode très coûteuse et aux conséquences encore peu connues. La rémanence des produits, c'est à dire le temps qu'il faille à la matière active pour se désagréger est souvent une indication qui ne prend pas en compte les déchets créés.
D'autres paramètres doivent être impérativement connus avant tout emploi: les conditions d'utilisation, la période, les quantités, la classe du produit (dangereux, modéré, baba cool,…). L'usage de produits phytocides paraît sans danger, mais elle est à exclure au profit de méthodes mieux connues et souvent moins chères
[ONC, B.M. 105, Arrignon J.].
Résumé sur la méthode de gestion des roselières.
Afin d'atteindre ces objectifs, il est possible de coupler plusieurs méthodes, pour détruire, limiter ou dynamiser ce groupement. Cependant, il est impératif de bien les maîtriser avant de s'engager, et il est impératif d'évaluer l'impact de ces techniques, tant pour la flore que pour la faune.
Habituellement, la diminution de la qualité des roselières et de la surface défavorise l'avifaune et l'entomofaune. Pour dynamiser une roselière, les gestionnaires préfèrent traiter en plusieurs parties sous forme de cycle ou bien, agir qu'une année sur trois (ou une année sur deux). La méthode la plus utilisée est le faucardage en fin de saison, avec la coupe partielle des ligneux présents dans la phragmitaie. En outre, si l'objectif vise la destruction de la roselière, il faut agir en début de saison et répéter l'opération au moins plusieurs années de suite et ceux pour n'importe quelle méthode.
Intérêt économique, écologique, social culturel
Intérêt économique
L'intérêt des roselières au niveau économique est très faible, pourtant cette matière première peut permettre de limiter les dépenses. En effet, l'utilisation du roseau pour fixer les berges se révèle être un moyen peu onéreux comparé aux plaques de béton. De même pour l'exploitation des tiges feuillées qui peuvent constituer des palissades, afin de cacher les circuits pédestres ou de camoufler les observatoires (Réserve Naturelle de St Quentin en Yvelines).
La partie aérienne permet de créer des toits en chaume ou des objets de la vie quotidienne. Les plus grosses productions se situent en Camargue, en baie de Seine et en Brière avec respectivement 800 000 bottes/an et 150-180 000 pour les deux derniers réunis
[Sinnassamy J. M. et al].
Intérêt écologique
Sur le plan écologique, les roselières constituent un réservoir faunistique de qualité et d'une grande diversité. En plus, les roselières jouent un rôle écologique dans la rétention des sédiments et dans l'épuration des eaux avec notamment les stations de lagunage (exemple: Rochefort en Charente Maritime)
[Sinnassamy J. M. et al].
Intérêt social et culturel
Les grandes roselières forment des paysages magnifiques reflétant une diversité parmi nos régions. Les lisières forestières couplées aux roselières comme dans la Brenne ou encore les près en Camargue diversifient le panorama. Dans les marais de la côte atlantique, ou plus modestement, dans les mares situées dans les terres, les roselières constituent des attraits, tant pour les loisirs que pour la détente. Son intérêt n'est pas à négliger surtout dans les zones très fréquentées.
Conclusion
Le roseau est une espèce très dynamique en condition favorable et constitue des peuplements monospècifiques grâce à son système racinaire. Les roselières qui en résultent, offre un espace d'accueil pour une faune spécifique de plus en plus rare.
La régression des roselières dans toute la France et même bien au-delà est pourtant une réalité. les espèces intimement liées à ce milieu sont obligées de trouver des zones de substitution ou de disparaître.
L'origine de cette régression provient de la modification des pratiques agricoles et du manque d'entretien de ces zones humides, qui depuis une cinquantaine d'année favorisent des groupements végétaux moins intéressants. C'est pourquoi des mesures de protection s'appliquent aux roselières, pas en raison de l'espèce "le roseau" qui est commun, mais parce que le milieu qu'il constitue est un refuge pour des espèces animales protégées.
Dans cet article, la liste des techniques de gestion permet d'avoir un aperçu sur les pratiques pour gérer ce milieu. Pour en savoir plus, je vous invite à consulter les ouvrages cités en bibliographie qui sont disponibles dans les grandes bibliothèques plus ou moins spécialisées et dans la bibliothèque de l'ONCFS située à Auffargis (78).
Bibliographie
ARRIGNON J.: Aménagement piscicole 5ème éd., Tec & Doc; 1998; 589 p..
BISSARDION M., GUIBAL L., RAMEAU J.C.: CORINE biotopes version originale types d'habitats français; ENGREF; 1997; p. 152.
BOURNERIAS M., ARNAL G., BOCK C.: Guide des groupements végétaux de la région parisienne; Belin; 2001; p. 325-331.
Espaces Naturels du Limousin (ENL): Plantes et végétation en Limousin; ENL; 2001; 880p..
FIERS V., GAUVRIT B., GAVAZZI E., HAFFNER P., MAURIN H. et al.: Statut de la faune de France métropolitaine statut de protection, degrés de menaces, statuts biologiques; MNHN; 1997; 225p..
FOURNIER P.: Les quatre flores de France; Dunod; 2000 réed. de 1947; p. 44.
HAY R., BECKETT K. A. et al.: Encyclopédie des fleurs et plantes de jardin 2ème éd.; The Reader's Digest Association; 1982; p. 447.
JEANPERT H.E.: Vade-mecum du botaniste dans la région parisienne; Libr. des scie. nat. Léon Lhomme Succ.; 1911; p. 222.
LARSSON T.: Contrôle des roseaux et conservation des zones humides; ONC; Bull. Mens. de l'ONC N°189 mai 1994; p. 18-21.
ONC : Le roseau; 1ère partie; Bull. Mens. de l'ONC N°105 septembre 1986; Environnement Participation Aménagement, Vincent SCHRICKE, ONC, CNERA,
Laboratoire d'Evolution des Systèmes Naturels et Modifiés; p 27-35.
RAMEAU J.C., MANSION D., DUME G. et al.: Flore Forestière Française guide écologique illustré T1 Plaines et Collines; IDF; 1989; 1785 p..
SINNASSAMY J. M. et MAUCHANP A., Roselières Gestion fonctionnelle et Patrimoniale, ATEN, 2001, 96p..
RAYNAL-ROQUES A.: La botanique redécouverte; Belin-INRA; 1994; p. 253-254.
Les SITES.com
http://www.tourduvalat.org/news_60.htm (roselières méditerranéennes)
http://www.oncfs.gouv.fr/events/point_faune/habitat/roseliere.php (généralité, à voir)
http://www.hort.purdue.edu/newcrop/duke_energy/Phragmites_australis.html (en anglais)
http://tncweeds.ucdavis.edu/esadocs/documnts/phraaus.html (en anglais, a lire pour plus d'info, partie écologie notamment)
http://www.cobleskill.edu/courses/orht321/list7.htm (photo de quelques espèces de Miscanthus)
http://perso.club-internet.fr/fdesjard/especes/butor/ (sur le butor étoilé)
et bien d'autres sur le net, …
+ + +