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Nous présentons ici les individus les plus représentatifs, mais aussi certains protistes qui
se distinguent soit par un aspect physique original, soit par un comportement et une vie privée hors du commun.
Ces portraits détaillés vous donneront un exemple de la complexité et de la diversité rencontrées chez les protistes.
Mais seule l'observation patiente des protistes vivants vous permettra de pénétrer dans leur petit monde fascinant.
Cet album de famille est aussi un hommage à la biologiste américaine Lorraine Lee Larison Cudmore ; plusieurs extraits
de son ouvrage remarquable " the Center of Life ", sont présentés ici : ce sont des descriptions croustillantes et tout à fait originales sur la vie privée des protistes.
Cet album est destiné à être complété et enrichi de toutes vos observations personnelles et photographies inédites.
Amoeba proteus (protozoaire)
Leur forme varie à chaque instant. Elles utilisent leurs pseudopodes pour se déplacer, mais aussi pour se nourrir.
Lors de la phagocytose, le pseudopode entoure la particule ; lors de la pinocytose, les gouttes de liquide pénètrent dans le cytoplasme sous forme de vésicule.
Le fonctionnement du pseudopode est tout à fait original : le cytoplasme de l'amibe durcit à l'extérieur de la protubérance, alors qu'il se liquéfie à l'intérieur, si
bien que le pied se forme et se défait au fur et à mesure du déplacement. C'est un peu comme un boyau qui se remplit, ou comme la chenille d'un char ;
la pellicule externe du cytoplasme devient rigide et constitue une enveloppe provisoire qui se remplit au fur et à mesure du cytoplasme interne liquéfié.
" la plupart du temps, nous regardons l'amibe d'en haut, et de ce point de vue, ses mouvements semblent n'être qu'une suite de glissements indécis.
Cependant, malgré les apparences, l'amibe est une créature à trois dimensions. Il suffit, pour s'en rendre compte, de la regarder sous un autre angle,
de côté par exemple, et nous voyons les faux pieds pour ce qu'ils sont en réalité : des pattes. Des pattes maladroites et un peu éléphantines, certes,
mais tout de même des pattes, et qui se tendent en avant pour faire des pas… Nous devons rendre à l'amibe la dignité qu'elle mérite : elle se tient
debout et elle marche. C'est un exploit sans pareil pour une créature dépourvue d'os ou d'arêtes ". (1)
" elles peuvent fabriquer et se glisser dans plusieurs pseudopodes simultanément. Toutefois, jamais vous ne surprendrez une amibe en
flagrant délit d'indécision, car, même si deux morceaux sont enclins à partir dans deux directions opposées, elle choisit toujours… Ceci n'est
pas de la schizophrénie, ni une espèce de confusion, mais une méthode judicieuse pour sonder les conditions offertes dans plusieurs directions
simultanément, afin de pouvoir effectuer un choix avisé de la meilleure direction à prendre ". (1)
" elles ôtent leur faux pied de l'endroit où elles ont perçu une sensation déplaisante, et elles font pousser un autre pseudopode dans une autre direction.
Si elles ne sont entourées que par des choses désagréables, elles renoncent, et se replient sur elles-mêmes en une motte calme et stoïque, refusant de
n'étendre plus qu'un minuscule pseudopode. Si ces mauvaises conditions persistent, elles s'adaptent avec philosophie : au bout d'un moment, elles
étendent un pseudopode curieux et aventureux ; elles se sont résignées, et se sont finalement décidées à ignorer les caprices malchanceux de leur existence ". (1)
" pour une amibe, une bricole suffisamment grosse et remuante est plus intéressante que quelque chose de taille insignifiante, et qui ne bouge pas beaucoup.
Apparemment, l'amibe est tout à fait capable de détecter des différences de taille ou d'activité, car elle exprime son intérêt par la taille du pseudopode
qu'elle étend : plus son intérêt est grand, plus son pseudopode sera grand et gros. Mais c'est seulement lorsqu'il y a quelque chose de
relativement grand et qui remue beaucoup qu'elle étendra un pseudopode grand et très intéressé ". (1)
" l'amibe Paramoeba eilhardi a agrémenté la locomotion amibienne classique d'une particularité spectaculaire : la surface de cette
dernière, mon amibe préférée, est recouverte de minuscules structures transparentes souples, bordées de huit facettes et ouvertes sur
le sommet. Elle utilise ces structures comme des ventouses de façon à obtenir plus de prise sur la surface sur laquelle elle se déplace.
C'est ce son inimaginable que j'aime : le son qui doit être produit lorsque ces centaines de petites sandales en caoutchouc sont
posées l'une après l'autre, puis décollées à nouveau… Lorsque l'amibe flâne en suintant, ces centaines de gargouillis de succion
doivent produire un son réellement inégalable ". (1)
" elles ont coutume d'enrober et d'ingérer n'importe quel morceau de détritus, pourvu qu'il leur semble délectable… Certaines
amibes sont carnivores, mais, comme prédateurs, elles ont un petit problème : la locomotion. En effet, comment parler de
chasse rapide lorsqu'elles se traînent péniblement en suintant d'un endroit à l'autre ? Elles arrivent à se déplacer, certes,
mais où est l'allure svelte du chasseur ? N'importe quelle proie pourrait les distancer aussi facilement qu'un lièvre qui
voudrait échapper à une tortue carnivore, et c'est sans doute la raison pour laquelle les tortues s'en tiennent aux vers de
terre. Et pourtant, ces amibes mangent. L'amibe pataude arrive à arrêter dans sa zone d'influence une paramécie dynamique
qui nage rapidement. On ne sait pas bien comment : poison ? hypnose ? charisme amibien ? Alors, comme un âne résigné et
bien entraîné, notre paramécie se prépare à l'horrible sort qui l'attend, horrible et sans considération pour l'observateur sensible.
La paramécie reste immobile, tandis que l'amibe en fait le tour en suintant ; soudain, l'amibe l'engloutit complètement dans son
protoplasme ballotant. La scène qui suit est digne de Poe : une fois que la paramécie est à l'intérieur de l'amibe, le charme se rompt ;
on peut la voir bien vivante, baignant dans le protoplasme de l'amibe. Elle agite frénétiquement la chevelure de cils qui couvre son corps,
alors que l'amibe la digère tranquillement. C'est sans doute sa façon à elle de se débattre et de hurler de douleur. On peut lire une
autre version de cette histoire dans " la barrique d'Amontillado " de Edgar Poe… ". (1)
Les thécamibes (protozoaires)
" parmi les amibes, il y a de simples maçons, non architectes, qui se contentent d'enrober des grains de sable
avec la gelée collante qui suinte de leurs extrémités. Certaines les empilent pèle mêle ; d'autres, plus méticuleuses,
ajustent parfaitement les grains bord à bord, rivalisant de précision avec les mosaïstes byzantins de la cour de Justinien et Théodora.
D'autres amibes, avec plus de frénésie architecturale, fabriquent leur maison en superposant des lamelles de verre
hexagonales ; elles construisent un dôme qui ressemble à une pomme de pin minuscule ou à un tout petit ananas de cristal. " (1)
Les actinopodes (protozoaires)
" les amibes radiolaires sont plutôt flamboyantes ; elles édifient des soleils de cristal constitués
de pointes transparentes longues et fines qui rayonnent d'une sphère cristalline centrale….
Et, comme pour tous les arts, il y a forcément un génie. " Il sorpasso ". C'est notre amibe Beethoven ;
cette gelée prétentieuse s'appelle Hexacanthion astercanthion.
Une seule sphère géodésique
(hexagones creux formés à partir d'arcs boutants en verre juxtaposés) ne peut satisfaire ce super architecte.
Il ne lui faut rien moins que trois sphères de verre découpé comme de la dentelle, et emboîtées l'une dans
l'autre comme ces folies d'ivoire qui font la fierté des sculpteurs orientaux, les jours de l'une révélant les ciselures encore plus exquises de l'autre… " (1)
Euglena viridis (protozoaire ou algue verte selon l'environnement)
" voyez-vous dans l'objectif ce petit ballon ovale, de couleur verdâtre, portant à l'un de ses bouts un
filament flexible qui tournoie et l'entraîne à sa suite ?...il court, il court, ce petit bateau de 30 millièmes
de millimètre, tiré par son hélice, dont l'extrémité frétille en pas de vis. Il va, tournant sur lui-même… " (4)
L'euglène avance avec un mouvement hélicoïdal, tractée par son flagelle. Les euglènes se déplacent vers les sources
de lumière ; on peut d'ailleurs les rassembler avec une source de lumière, et faire des expériences amusantes ; il
suffit pour cela d'une bassine dans laquelle on met un peu de vase verte pleine d'euglènes.
" l'euglène porte deux flagelles, un long et un court, qui sont situés à l'avant. Le plus long est recourbé de côté, et traîne
sur l'arrière en ondulant. Pour se déplacer, elle fournit simplement des impulsions à ce flagelle qui va onduler de la base à l'extrémité,
comme si elle fouettait une corde ou un lasso. Les ondulations de ce flagelle animent l'euglène d'un mouvement de double rotation ; elle
tourne autour de son axe propre, presque trop rapidement d'ailleurs pour que ce mouvement soit perceptible ; elle tourne ensuite selon
de larges cercles, l'avant décrivant de grands cercles autour de l'arrière qui reste immobile selon une ligne droite. Grâce à son flagelle,
l'euglène devient elle-même une véritable pale d'hélice, propulsée dans l'eau comme un moteur de hors-bord ". (1)
" il nous faut revenir à l'euglène pour comprendre comment a commencé notre cerveau où résident la conscience et l'humanité. L'euglène,
propulsée par son flagelle, possède un ocelle orange brillant qui est sensible à la lumière. L'angle avec lequel la lumière éclaire l'ocelle
détermine l'angle avec lequel le flagelle est orienté tandis qu'il bat. L'intensité lumineuse ajuste aussi l'angle du flagelle court, le flagelle
gouvernail. Grâce à la connexion directe de l'ocelle et du flagelle, l'euglène peut se diriger là où elle trouvera de la lumière forte, mais
pas trop forte cependant. Voilà sans aucun doute une forme de perception, avec réponse à la perception, chez les protistes. L'euglène,
ou plutôt son flagelle, répond à l'interprétation de l'environnement réalisée au niveau de l'ocelle. Tout cela se situe à un niveau extrêmement
simple, mais la pensée et l'intelligence ont bien dû commencer quelque part, et il y a de grandes chances que ce soit là, dans la spirale tubulaire du flagelle…
Nous utilisons nous-mêmes beaucoup cette structure en spirale : pour les détecteurs de gravité dans nos oreilles ; pour notre sens de l'odorat ; et pour les
cellules de nos yeux qui détectent la lumière, ce sont les bâtonnets, dans la rétine. Le plus simple des systèmes nerveux nécessite juste un détecteur
(pour capter l'information de l'environnement) et un effecteur (pour agir), comme un ocelle et un flagelle. Dans nos cellules visuelles, la transmission
des informations jusqu'au nerf optique est assurée par un faisceau de cils ! Ces cils ont la même structure que celle du flagelle qui transporte le
message depuis l'ocelle, et qui le traduit en mouvement au fur et à mesure qu'il avance. Naturellement, le mouvement apparut en premier.
La vision ne vint qu'après. Car la vision n'est qu'une adaptation du mouvement qui le rend plus efficient et plus sensé : la vision est
en réalité une locomotion immobile, elle permet à l'organisme d'apprendre les mêmes choses sur l'environnement que s'il se déplaçait,
mais elle économise une grande quantité d'énergie " (1)
" l'euglène, habituellement libre et indépendante, se déplace à son gré en fouettant son flagelle. Cependant, elle sacrifie
occasionnellement son indépendance, et son flagelle, pour former une société temporaire et presque totalement non interactive. Lorsque
l'euglène est prête à se reproduire, par simple division cellulaire asexuée, elle met son flagelle de côté et s'enveloppe d'un nimbe de gelée
translucide. Cette sphère gluante la protège de la forte lumière et de certains prédateurs. Elle est alors libre de consacrer toute son attention
à d'autres préoccupations. Elle va se diviser plusieurs fois, chaque cellule fille restant à l'intérieur du petit univers en gelée que sa mère lui
a préparé… Une fois que les divisions sont terminées, chaque individu s'équipe à nouveau d'un flagelle et s'éloigne à la nage sans même
jeter un regard en arrière avec son ocelle rouge orangé ". (1)
Les paramécies (protozoaires)
La paramécie avance en tournant autour de son axe longitudinal, selon un mouvement hélicoïdal. Elle peut changer brusquement de direction et faire marche arrière.
Les mouvements des cils sont semblables à ceux d'un champ de blé qui ondule avec le vent.
" un endroit agréable, pour une paramécie, doit être assez chaud et offrir beaucoup à manger, surtout des bactéries. Naturellement, la paramécie ne
peut pas réfléchir, mais elle peut percevoir et changer de direction, et c'est tout ce dont elle a besoin pour vivre confortablement. C'est un comportement
passif, automatique, simple et stéréotypé, mais il conduit la paramécie précisément là où elle choisirait d'aller si elle avait la possibilité de choisir.
Les cils, par leurs battements, apportent à la cellule un échantillon de ce qui se trouve au devant d'elle. S'il y fait plus froid ou moins acide que
l'endroit précis où la paramécie se tient, les cils inversent automatiquement leurs mouvements. La cellule recule alors, tout en tournant d'un angle
de 30 degrés par rapport à la position de sa bouche. Puis elle se met à avancer à nouveau. Si les conditions sont toujours mauvaises
(ou simplement légèrement plus défavorables), les cils s'inversent à nouveau et la font tourner d'un nouvel angle de 30 degrés, et toujours
dans le même sens qu'au début ; puis elle embraye à nouveau vers l'avant. Et ainsi de suite. S'il le faut, elle tournera d'un angle de 360
degrés, cela signifiant qu'il n'y a rien de prometteur autour d'elle. cette attitude, toute bête qu'elle soit, donne un résultat enviable que nous
ne pouvons pas obtenir avec notre haute technologie cérébrale : la paramécie s'arrête toujours à l'endroit qui lui convient le mieux, tout
simplement parce que les cils refusent de la conduire là où les conditions sont moins bonnes ". (1)
" …placée dans un environnement désagréable, la paramécie ne devient jamais aussi philosophe que l'amibe. Elle se met à nager en
rond frénétiquement et tente de s'échapper sans se préoccuper de savoir si cet environnement désagréable est ou non implacable ". (1)
" mon image préférée de relation symbiotique est celle de Paramecium bursarium avec son symbiote interne, l'algue Chlorella. Observée
à travers le microscope, c'est une jolie relation : nous apercevons la paramécie dorée, transparente et lumineuse, le corps couvert d'une
chevelure de milliers de cils qui battent en ondulations sensuelles. Puis nous pouvons voir à l'intérieur du corps des centaines de roses
minuscules, épanouies et d'un vert lumineux dans la lumière réfractée. J'ai toujours trouvée qu'elles ressemblaient à des roses, pour
d'autres observateurs, elles ressemblent à des choux, et pour d'autres encore, à des algues unicellulaires. Les chlorelles sont des
algues vertes, elles savent faire la photosynthèse qui transforme la lumière en sucres. La paramécie mange les chlorelles, mais elle
ne les digère pas. Les petites algues sont hébergées en sécurité à l'intérieur de son corps ". (1)